vendredi 23 février 2018

Musiques et paroles d'Empereur aux Invalides

Bonaparte au pont d'Arcole - Gros
Du  6 avril 2018 au 22 juillet prochains, le Musée de l’Armée présente une exposition consacrée au stratège militaire de génie que fût Napoléon.
 
A travers plus de 200 œuvres et objets issus de collections nationales et européennes (peintures, cartes, uniformes, objets personnels, manuscrits …), l’exposition se propose d’explorer la formation de Bonaparte, le contexte de l’époque, les enjeux et le déroulement de ses campagnes.
 
En miroir de cette exposition, le Musée propose un nouveau cycle de 14 concerts, sous le thème Musiques et paroles d'Empereur
 
De la violence des champs de bataille à l’intimité feutrée d’un salon, de la scène de l’Opéra au cadre institutionnel du Conservatoire, la musique est indéniablement le vecteur d’une stratégie napoléonienne. Et, de la stratégie militaire à la stratégie amoureuse de Napoléon Bonaparte, il n’y a parfois qu’un pas… En toutes choses, Napoléon étant celui qui en parla le mieux, la parole sera à l’Empereur, et à ceux et celles qui s’en firent l’écho.
 
D’avril à juin prochains, Michel Dalberto, Augustin Dumay, Henri Demarquette, les frères La Marca, Raphaël Pidoux, les quatuor Mettis et Minetti, François-René Duchâble, Felicity Lott et bien d’autres nous plongeront dans l’ambiance musicale si féconde de cette début de 19ème siècle, avec des œuvres de Beethoven, Kreutzer, Haydn, Méhul, Paisiello, Schubert, Grétry, Spontini.
 
Le programme détaillé peut être consulté sur le site du Musée de l’Armée :
 
http://saisonmusicale.musee-armee.fr/
 

dimanche 18 février 2018

Le Livre d'heures de François 1er entre au Louvre


Ça y est ! Le Louvre vient de réunir plus de 1 400 000 euros afin d'acquérir le Livre d’heures de François Ier. 8 500 donateurs, dont votre serviteur, ont participé à la campagne.
  
Le Livre d'heures de François Ier, plus qu'un livre, est un véritable bijou. Le manuscrit est enfermé dans une reliure d'or couverte de rubis et de turquoises, ornée de deux plaques de cornaline sculptées, qui sont des pierres précieuses rouges. L'œuvre est accompagnée de son marque-page, qui constitue en lui-même un extraordinaire joyau, serti de pierres précieuses d'un côté et représentant un Christ sculpté dans une agate de l'autre. Le manuscrit, orné de seize illustrations, fut peint en 1538, puis relié avant d'être acheté la même année par François Ier.
  
Objet de dévotion, un livre d'heures reprend le texte des prières, le plus souvent des psaumes, qui sont dites à différents moments de la journée (les « heures ») et à l'occasion de certaines fêtes liturgiques (comme celles de la Vierge par exemple). Un livre d'heures comprend en général un calendrier, les heures de la Vierge, les psaumes de la Pénitence et l'Office des morts. Il n'y a pas de livre d'heures type et sa composition peut varier, suivant les souhaits de son acquéreur.
  
Ce manuscrit a connu une histoire extraordinaire en passant par les mains de François Ier, d'Henri IV, du Cardinal Mazarin, avant de prendre le chemin de l'Angleterre au début du 18ème siècle. Classé Œuvre d'Intérêt Patrimonial Majeur, il est une œuvre sans équivalent dans les collections publiques françaises et étrangères, un vestige exceptionnel des trésors des Valois totalement dispersés au cours des siècles. La préservation d'une telle merveille tient du miracle.
   

samedi 17 février 2018

Un opéra-ballet de Campra retrouvé à la médiathèque de Saint-Denis

Un jour de juillet 2015, Martine Losno, responsable du pôle patrimoine à la médiathèque de Saint-Denis, met la main sur un étonnant cahier. La couverture est en mauvais état. A l’intérieur, des partitions inédites en papier chiffon, reliées entre elle par un ruban de soie. 
  
Elle vient de mettre au jour l’unique copie, réalisée en 1740, du Destin du nouveau siècle, un opéra-ballet composé 40 ans plus tôt par André Campra.
  
Le manuscrit dormait sur l’une des innombrables étagères des collections de la médiathèque de Saint-Denis, un fonds de 100 000 pièces, hérité des confiscations révolutionnaires des années 1790.
  
Ces partitions étaient considérées comme perdues. On avait trace des paroles, mais plus de la musique. C’est une découverte exceptionnelle. La première fois qu’il a été joué, c’était en 1700, au lycée Louis-Le-Grand, à Paris explique Martine Losno.
  
Le sujet de l'opéra ballet est un dialogue entre les peuples partisans de la guerre et ceux amis de la paix, chacun de ces groupes étant soutenu et encouragé par force divinités et allégories.
  
André Campra est l'un des compositeurs majeurs du Grand Siècle. D'abord musicien d’église (on connait ses motets et son superbe Requiem), il s'est dirigé rapidement vers l’opéra et a composé de très belles tragédies lyriques, notamment Hésione, Tancrède et Idoménée.
  
Le musicien est également l’inventeur d'un genre musical et théâtral typiquement français, l’opéra-ballet, forme comprenant plusieurs actes (entrées) reliés par un thème principal, dans une alternance équilibrée entre courts récits, airs, danses et parties chorales. L’Europe galante et Les Fêtes vénitiennes -récemment données à la Salle Favart dans une très belle production- sont les plus connus.
  
  
Le destin du nouveau siècle a repris vie en décembre 2017, sur la scène de L’Embarcadère, salle de spectacle d'Aubervilliers, grâce à la compagnie de musique baroque La Tempesta. Je n'ai malheureusement pu assister à cette résurrection, ni trouvé d'extrait filmé sur Youtube. Écoutons quand même cet air de Tancrède, qui donne sans doute une bonne idée de ce que peut être Le destin du nouveau siècle.


lundi 5 février 2018

Beczala au Pays du sourire

Piotr Beczala, Le Pays du sourire, Opéra de Zürich
Arte a diffusé, il y a quelques jours, une captation du Pays du sourire, opérette de Franz Lehar.
  
Jouée pour la première fois en 1929, quelques jours avant le krach, elle raconte l’histoire d’amour contrariée entre Lisa, une jeune comtesse viennoise et Sou-Chong, un prince chinois.
  
Les deux protagonistes se rencontrent à Vienne, où ce dernier est ambassadeur. Lorsqu’il annonce à Lisa qu’il est rappelé en Chine pour devenir Premier ministre, elle décide de le suivre à Pékin. Mais la jeune femme doit composer avec des différences culturelles qui se révèlent au fil de l'action de plus en plus insurmontables. Si bien que le couple se résout à se séparer, Lisa décidant de rentrer en Europe. C'est une histoire un peu triste et pleine de douceur sur le renoncement amoureux, noble sentiment bien passé de mode.
  
A la baguette, Fabio Luisi sert à merveille une partition étincelante et pleine d'élégance, dont les audaces harmoniques orientalisantes semblent échappées de Turandot ou de Madame Butterfly -Puccini et Lehar étaient d'excellents amis.
 
Dans cette production de l’Opéra de Zurich, le metteur en scène allemand Andreas Homoki a eu la bonne idée de simplifier les choses en supprimant des personnages secondaires et en taillant à la serpe dans des dialogues parlés, souvent ennuyeux pour le spectateur non germanophone. L’idée étant de mettre l’accent sur le couple formé par Lisa (Julia Kleiter) et Sou-Chong (Piotr Beczala).
  
Formidable Beczala, qui relève brillamment le défi d'un rôle écrit sur mesure pour Richard Tauber, un rôle qui demande vaillance, sensibilité et la touche d’élégance viennoise qui fait le charme irrésistible de ce répertoire. Sachant jouer sur les deux aspects du personnage, le ténor polonais se montre à la fois ardent et résigné, solaire et mélancolique, illuminant sans cesse le spectacle de sa voix rayonnante.
 

 

vendredi 2 février 2018

Le Cercle de craie : création française, à Lyon, d'un opéra méconnu d'Alexander von Zemlinsky

L’Opéra de Lyon vient d’inscrire à son répertoire une œuvre inédite en France : Le Cercle de craie, un opéra d’Alexander von Zemlinsky composé en 1932.
  
Tout d’abord, deux mots sur le compositeur.
  
Né à Vienne en 1871, beau-frère de Schönberg, ami de Mahler, directeur de l’Opéra national de  Prague, il rejoint à la fin des années 20 l’ensemble d’avant-garde d’Otto Klemperer, au Krolloper de Berlin, où il dirige la première de Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, de Kurt Weill.
  
Après l’Anschluss, il part s’installer aux États-Unis, où il mourra, méconnu, en 1942. On ne le connait guère, en France, que pour sa Symphonie lyrique, une très belle page d’inspiration post-romantique pour soprano, baryton et orchestre, écrite en 1922, sur des poèmes de Rabindranath Tagore.
  
Pour Der Kreidekreis, son septième et dernier opéra achevé, le choix du musicien s’est porté sur une pièce à succès jouée en Allemagne depuis 1925, Le Cercle de craie, de Klabund -dont Brecht fera aussi sa propre version, en 1945, avec Le Cercle de craie caucasien.
  
L’intrigue est tirée d’une vieille histoire chinoise du XIIIe siècle, voisine de celle, bien connue, du Jugement de Salomon.
  
Tschang-Ling est une pauvre fille, dont le père a été ruiné et poussé au suicide par un vieux fonctionnaire, riche et véreux. Sa mère, qui n’a pas de quoi la nourrir, la vend à un eunuque qui tient un bordel. La jeune fille plait d'emblée à deux habitués du bobinard : le jeune prince héritier et un vieux cochon plein aux as, qui n’est autre que le fonctionnaire qui a ruiné son père !
 
Le maquereau met la virginité de la fille aux enchères, et c’est le vieillard qui remporte la mise. Sur ce, la pauvre Tschang s’endort et rève que le jeune prince la prend dans ses bras… Mais c’est dans ceux du fonctionnaire qu’elle quitte le boxon le lendemain. Il la ramène chez lui, en tombe peu à peu amoureux, devient même gentil avec elle et la prend comme deuxième épouse.
 
Nous voici quelques années plus tard. La jeune Tschang a accouché d’un garçon, et se heurte à la haine féroce de la première épouse, une mégère stérile, hargneuse et infidèle, qui décide, lorsqu’elle apprend que son époux s’apprête à demander le divorce, de lui faire avaler le bouillon de onze heures. Pépé boit la potion et meurt sur le coup. La mégère crie au secours, fait accuser la pauvre Tschang-Ling et lui pique le bébé, qu’elle fait passer pour le sien ; elle peut ainsi récupérer l’héritage.
  
S’ensuit le procès. Corrompu par l'empoisonneuse, le juge condamne Tschang-Ling à mort et reconnaît l’enfant comme étant celui de la première épouse.
  
Mais un coup de théâtre va venir tout remettre en cause. Des hérauts annoncent la mort de l’empereur et l'accession au trône du prince héritier, lequel gracie les condamnés et réexamine les dossiers jugés. Lorsque Tschang-Lingil est présentée devant lui, il reconnait immédiatement la jeune fille du bordel, lui avoue qu’il a profité de son sommeil pour la posséder, et que c'est donc lui le père de l’enfant ! Sans le côté crapoteux de l'affaire, on serait presque au Boulevard.
  
Sur ce livret finalement fort bien ficelé, où sous des airs de conte de fées transparait une violente critique sociale, Zemlinsky a composé une musique très originale, inspirée des rengaines "Berlin années 20" de Kurt Weill, mâtinée d’harmonies orientalisantes et ponctuée d’élans symphoniques que ni Strauss ni Korngold n’auraient reniés. On se croit parfois dans Turandot (notamment à la fin de l'opéra), parfois dans Lady Macbeth de Mzensk, Wozzeck ou Intermezzo, mais d'un assemblage à première vue improbable, se dégage une impression de cohérence et d'homogénéité, qui finit de convaincre du grand talent de Zemlinsky.
   
A la tête d’un Orchestre national de l’Opéra de Lyon en très grande forme, Lothar Koenigs conduit l’affaire d’une main de maître. La jeune Lauri Vasar épouse parfaitement le rôle de Tschang Ling, au milieu d’un plateau vocal d’excellent niveau, et dans une mise en scène intelligente, soignée et efficace de Richard Brunel.
  
Un sans-faute absolu, qui me ravit sans toutefois m’étonner, l’Opéra de Lyon m’ayant toujours habitué à ce haut niveau de qualité artistique.



dimanche 28 janvier 2018

Saison 2018 2019 de l'Opéra de Paris

Le site Revopera a mis la main sur le programme 2018/2019 de l’Opéra de Paris. 
  
19 spectacles à l'affiche, dont 7 nouvelles productions : Bérénice, Les Troyens, Les Huguenots, Don Giovanni, Simon Boccanegra, Il Primo Omicidio et Lady Macbeth de Mzensk.

Une présence importante de l’opéra français : seront ainsi présentés au cours de la saison, Les Huguenots de Meyerbeer, Bérénice (création de Michael Jarrell), Les Troyens de Berlioz et une reprise de Carmen.

Verdi sera à l’honneur dans 4 productions : Otello, La Traviata, La Forza del Destino, Simon Boccanegra.

René Jacobs présentera ainsi le très rare Il Primo Omicidio de Scarlatti, mis en scène par Romeo Castellucci et accompagné par le B’Rock Orchestra pour 12 représentations à l’Opéra Garnier.

Comme c’est le cas depuis l’arrivée de Stéphane Lissner, les grandes stars seront toutes à Paris : Roberto Alagna (Otello et Carmen), Anja Harteros (La Forza del Destino, Tosca), Sonya Yoncheva (Tosca), Jonas Kaufmann (Tosca), Elina Garanca (Les Troyens), Diana Damrau (Les Huguenots), Ludovic Tézier (Traviata, Simon Boccanegra) et encore bien d’autres.
  
Deux grands galas auront lieu : l’un le 31 décembre 2018 au Palais Garnier (avec Sonya Yoncheva, Bryan Hymel et Ludovic Tézier), l’autre en mai 2019 pour le 350e anniversaire de la création par Louis XIV de l’Académie Royale de Musique.

En 2019, un opéra baroque sera donné pour la première fois à l’Opéra Bastille  : Les Indes Galantes, dans une mise en scène de Clément Cogitore, et avec une distribution de rêve : Sabine Devieilhe, Julie Fuchs, Jodie Devos, Stanislas de Barbeyrac et Florian Sempey.
  
Informations détaillées sur :


dimanche 21 janvier 2018

Jonas et l'opéra français

J'ai écouté hier le dernier disque de Jonas Kaufmann, un récital d'airs célèbres de l'opéra romantique français, sorti en septembre dernier.
  
On retrouve bien sûr les qualités que l'on admire tant chez le ténor allemand, puissance et beauté d'un timbre unique, excellente maîtrise du français et une rare intelligence des textes -qui montre, s'il en était encore besoin, que Jonas travaille toujours aussi soigneusement ses interprétations.
  
La voix reste très belle mais les aigus et la souplesse ont visiblement pâti des problèmes de santé du chanteur, et aussi, inévitablement, du poids des ans.
 
De ce fait, le choix de plusieurs airs n'apparaît pas vraiment heureux. On peut ainsi se demander si Roméo, Nadir et Des Grieux sont bien toujours des rôles pour Kaufmann, et se poser la question, c'est malheureusement déjà un peu y répondre.
 
Le constat vaut aussi pour Le Roi d'Ys de Lalo ; un peu dérouté par son interprétation d'une Aubade déjà plombée par un tempo trop lent, j'ai écouté juste après celle de Juan Diego Florez, et la comparaison n'a pas vraiment joué en faveur du ténor allemand.
  
Mais ne faisons pas le difficile car ces réserves mises à part, L'Opéra reste un fort bel album.

Les Massenet (Le Cid, Werther) et les Berlioz (Les Troyens, La Damnation de Faust) sont superbes. "Rachel, quand du seigneur" de La Juive fait grand effet et "La fleur que tu m'avais jetée" (Carmen) est vraiment bouleversante.
  
La direction de Bertrand de Billy, à la tête du Bayerisches Staatsorchester, m'a paru un peu planplan mais quand on sait que de surcroît, dans plusieurs duos (Les Pêcheurs de perles, Manon), Jonas chante avec Ludovic Tézier et Sonya Yoncheva, on ne boudera certainement pas son plaisir.